Dictionnaire international des militants anarchistes
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Y’en a pas un sur cent… et pourtant des milliers d’hommes et de femmes de par le monde, souvent persécutés, embastillés, goulagisés et parfois au prix de leurs vies, ont poursuivi leur chevauchée anonyme à la recherche d’un impossible rêve : un monde sans dieux ni maîtres.

CHAPIN, Joseph

Né à Gassicourt-Mantes (Yvelines) le 22 février 1904 — mort le 19 novembre 1954 — UAC — LP — Rennes (Ille-et-Vilaine) & Brest (Finistère)
Article mis en ligne le 9 janvier 2007
dernière modification le 23 juillet 2024

par R.D.

Ancien séminariste devenu anarchiste, Joseph Chapin, fils d’un employé des chemins de fer, avait d’abord milité à Rennes où il faisait partie du groupe local de l’Union Anarchiste Communiste (UAC) ainsi qu’au comité d’organisation de la Fédération de l’ouest de cette organisation. Les 12-14 juillet 1926 il avait été le délégué de Rennes au congrès de l’Union anarchiste tenu à Orléans.

Outre une active propagande en faveur de l’objection de conscience, il avait fondé en 1925 le Comité de Libre Pensée et son organe L’Étincelle (Rennes, n°1 novembre 1925 à n°13, décembre 1926). Le journal developpait dans ses colonnes une importante campagne anti-alcoolique –un meeting sur ce thême avait été organisé le 1er mars 1926 — ainsi que néo malthusienne où J. Chapin se revendiquait des idées de Paul Robin.Suite à un article, paru dans le n°13, considéré comme injurieux envers le directeur du journal La Vie Rennaise, Gabriel Borde, qui avait porté plainte, J. Chapin était condamné le 22 janvier 1917 à 50f d’amende et 1.000f de dommages et intêrets. Cette condamnation entrainait la disparition du journal. J. Chapin avait également édité en 1926 un calendrier anti clérical.

Il partait ensuite pour Brest où, au printemps 1927, il était membre du groupe libertaire aux cotés de René Martin, Paul Gourmelon, René Lochu, J. Treguer, Auguste Le Lann et A. Goavec. Il participait alors à la fondation du journal Le Flambeau (Brest, n°1, 1er juin 1927 à n°80, 5 juin 1934) dont les administrateurs étaient J. Treguer et R. Martin et travaillait comme employé comptable à la coopérative L’Egalitaire. Il collaborait à cette époque au Libertaire.

A partir de mai 1927 il participait à une tournée de conférences anticléricales dans toute la Bretagne. Le 14 mai 1927, lors d’un meeting du Comité de défense sociale en faveur de Sacco et Vanzetti à la Maison du peuple de Brest, il avait pris la parole et avait appelé à “exécuter le juge Thayer”. Inculpé “d’apologie de faits qualifiés de crimes” et de “provocation au meurtre”, il était arrêté et traduit devant le tribunal correctionnel de Brest le 28 juin où la défense cita comme témoins les compagnons Jean Treguer, docker, Jean Cornec, instituteur et Charles Berthelot, ouvrier à l’arsenal. Dans sa défense Chapin déclara notamment : “Messieurs, sachez bien ceci : les anarchistes, s’ils sont ennemis de la violence, ne sont pas néanmoins Tolstoïens. Ils savent compléter le “tu ne tueras pas” de Moïse par le “Quiconque se servira par l’épée, périra par l’épée” de Jésus. Mais s’il en est parmi nous qui sont partisans de se venger, ils savent agir eux mêmes. Nul ne voudra exciter autrui à commettre un geste semblable. Les anarchistes ne sont pas des lâches” (cf. Le Flambeau, août-septembre 1927). Le jugement était mis en délibéré et, le 5 juillet, J. Chapin était condamné à trois mois de prison. Incarcéré à la prison du Bouguen (Brest), il entamait le jour même une grève de la faim pour obtenir le régime politique, ce qu’il obtint le 10 juillet suivant. En août, suite à une lettre au directeuir du service pénitentiaire de Rennes, il était puni de 10 jours de cachot avec privation de journaux et suppression de visites et entamait dès le 10 aoput une nouvelle grève de la faim (cf. Le Libertaire, 18 août 1927). Suite à ette lettre, il était à nouveau poursuivi et fin octobre était condamné par défaut à 2 ans de prison pour “insulte à la lmagistrature”. Le 8 novembre 1927, en appel au tribunal correctionnel, il était condamné à 18 mois de prison pour “injures à un procureur de la République”.

A cette même époque, il aurait été le véritable auteur du chèque frauduleux émis le 15 juillet 1927 — détournement de 34700F de la coopérative L’Egalitaire — pour lequel Paul Gourmelon avait été arrêté et emprisonné avant de décéder sans avoir été jugé le 9 novembre 1928 et sans l’avoir dénoncé. Louis Lecoin qui, dans le cadre de la défense de Gourmelon, était alors allé à Lyon pour rencontrer Chapin qui y était emprisonné, écrivit : “c’était un très jeune camarade, manquant de discernement qui avait habilement imité la griffe de Gourmelon, puis employé l’argent ainsi dérobé, pour combattre la prêtraille locale” (cf. Le cours d’une vie).

Remis en liberté le 11 septembre, il n’en avait toutefois pas fini avec la justice. Pendant son incarcération il avait écrit une lettre au procureur, lui reprochant “d’être l’homme de la calotte” et avait été inculpé “d’outrage à magistrat dans l’exercice de ses fonctions”. Le 11 octobre le tribunal de Brest le condamnait pour ces faits à deux ans de prison par défaut. Après qu’il aut fait opposition, J. Chapin passait en appel le 8 novembre et écoppait de dix huit mois de prison, peine qui sera confirmée par la Cour d’appel de Rennes le 28 février 1928. Il avait alors gagné Lyon où il ne tarda pas à donner des conférences anti religieuses et où il fut arrêté en juin 1928.

En 1930 lors d’une tournée de conférences sur la Libre Pensée et de son passage le 4 septembre à Gannat (Allier), le journal communiste du Centre L’Etincelle présentait “le citoyen Chapin… courageux libertaire, plusieurs fois victime de la répression”. Puis il fit une série de conférences dans l’Orne où, après un premier échec à Mortagne (30 septembre 1930), il fut accusé d’immoralité à Sées, interdit de conférence à Alençon, et fut qualifié de “pornographe” et poursuivi par le vicaire général de Caen pour diffamation suite à une conférence de la Libre Pensée à Caen. Cette même année il fut l’objet d’une plainte du syndicat ecclésiastique de Tours et fut condamné à 3 mois de prison et à une forte amende. Toutefois il écrivit ensuite une lettre de rétractation au président de ce syndicat, publiée dans le journal La Croix, où il écrivait : “Je reconnais loyalement l’erreur qui inspira ma détestable propagande antireligieuse. Je répudie formellement les propos tenus au cous de ma fâcheuse conférence, et, d’une façon générale, je regrette toute mon action passée. Eclairé sur le caractère néfaste de l’œuvre entreprise depuis ma prime jeunesse, je suis disposé dans l’avenir, à tenter de réparer les conséquences de mon action démoralisatrice… pour me consacrer à un apostolat véritable, lequel réparera, je l’espère, auprès des âmes que j’ai pu troubler, le mal de mon ancienne propagande.”. Sa rétractation entraîna le retrait de la plainte et en novembre il écopa seulement d’une amende pour diffamation. Le Libertaire (28 août 1931) écrivit à son propos : “Chapin trouvera encore, quand il reviendra parmi nous de bons bougres pour lui coller ses affiches, organiser ses conférences et… le voir disparaître avec la recette”.

Joseph Chapin ne serait pas entré dans les ordres en 1931 comme indiqué dans le Maitron, mais se maria et fut par la suite l’objet de poursuites pour “détournement de fonds”.

Joseph Chapin est décédé à Rennes le 19 novembre 1954.

Oeuvre : — L’église, la femme et l’amour (Jeunesses syndicalustes de Brest, 1927) ; — Faut-il croire en Dieu ? (1927 ?).


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