Dictionnaire international des militants anarchistes
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Y’en a pas un sur cent… et pourtant des milliers d’hommes et de femmes de par le monde, souvent persécutés, embastillés, goulagisés et parfois au prix de leurs vies, ont poursuivi leur chevauchée anonyme à la recherche d’un impossible rêve : un monde sans dieux ni maîtres.

DEMURE, Clovis, Jules

Né à Écoche (Loire) le 3 avril 1854 — Ouvrier tisseur & cordonnier — Roanne & Saint-Étienne (Loire) — Lyon (Rhône)
Article mis en ligne le 22 février 2007
dernière modification le 23 juillet 2024

par R.D.

Jules Demure (parfois orthographié Desmure) se maria le 29 septembre 1877 et eut deux enfants. Ouvrier tisseur à Roanne (Loire), il était, au début des anées 1880, l’ un des animateurs du groupe anarchiste Les Révoltés (ou Le Révolté) fondé en juin 1881 et comprenant une trentaine de membres. En 1882, il perdit son travail en raison de ses idées et de sa participation à la grande grève des tisseurs de février-mars.

Le 10 juin 1883 il fut l’assesseur de la conférence anarchiste tenue par le compagnon Tricot à la salle Valentino, présidée par Simon Gay et qui avait réuni environ 250 personnes et au profit des familles des condamnés de Lyon. Le 7 octobre suivant il avait présidé la réunion tenue par le compagnon Crié de Paris à la salle de Venise et qui avait réuni environ 200 auditeurs.

En 1883, les 7 juillet et 20 octobre, il fut condamné, pour infraction à la loi sur la liberté de réunion (non déclaration du bureau de la réunion), à trois jours de prison, puis à deux jours et 5 f d’amende.
Selon la police il avait “une conduite régulière et des habitudes d’ordre” et était “économe et laborieux”. C’est à cette époque qu’il serait parti pour Lyon où il aurait collaboré à l’hebdomadaire anarchiste Le Drapeau noir, (17 numéros, 12 août-2 septembre 1883) qui avait fait suite au journal La Lutte. Puis il revint à Roanne et appartint au groupe anarchiste Le Revolver. Le 18 février 1884, il présida une réunion de Jules Guesde où Cyvoct avait été désigné comme président d’honneur. Sans doute la salle était-elle composée en majorité d’anarchistes et Demure tint à préciser qu’il n’avait rien à demander au gouvernement lorsque fut présenté l’ordre du jour réclamant la réduction à huit heures de la journée de travail.

Le 12 avtil 1884, avec les compagnons Real et Delorme, il avait été poursuivi pour avoir participé à la manifestation d’hommage à la Commune le 18 mars orécédent.

En octobre 1884, avec Real, Grillot et Charras, il fut accusé d’un attentat à la dynamite à Roanne, mais, comme ses camarades, bénéficia d’un non-lieu faute de preuves. Il demeurait alors 23 rue Gonthier où chaque semaine se déroulaient les réunions du groupe de Roanne.

À Roanne, on comptait alors trois groupes anarchistes : Le Revolver, Le Poignard, La Jeunesse révolutionnaire. Il fut alors, durant quelques semaines, secrétaire de rédaction de L’Alarme (Lyon, 8 numéros, 13 avril-1er juin 1884). La police le considérait comme le principal responsable anarchiste de Roanne où il était assisté de Simon Guet (Gay) et de Real qui, au printemps 1884, avaient été brûlés lors de l’essai par Jenshomme d’un engin explosif au Champ de Mars, ce qui leur avait valu d’être blâmés par les autres membres du groupe.

En 1885 il demeurait rue Clermont et était membre du groupe Les Révoltés et organisait le banquet anniversaire de la Commune le 18 mars…

Fin décembre 1887, suite à un meeting de Bordat et Crozier qu’il avait prsidé aux cotés de V. Joly le 18 décembre, il avait été condamné à 15 jours de prison et à une amende pour “outrage à agent et magistrat” tandis que Bordat et Crozier étaient poursuivis pour “excitation au meurtre et au pillage“…

En février 1888, il effectuait, selon la polic, une tournée de propagande à la campagne. Après le 18 mars 1888 et la commémoration de la Commune lors d’un, banquet dont il avait été l’organisateur avec Perron, Demure fut condamné à cinq jours de prison et 1 f d’amende

Jusqu’aux premières années du siècle et peut-être même après, Demure fut un militant anarchiste très actif, sans cesse condamné :
En juin 1887 : deux jours de prison et 6 f d’amende pour outrages à agents et divagation d’un animal malfaisant (sic) ;
en octobre 1890 (31 octobre) : quinze jours de prison par le tribunal correctionnel de Roanne pour outrages à commissaire de police au cours d’une réunion le 11 octobre avec Octave Jahn et Paul Bernard ;
en 1891 (1er juillet) : condamnation avec le compagnon Louis Gay, par la cour d’assises de la Loire, à un an de prison et 100 f d’amende pour participation à un meeting le 30 avril et “provocation au meurtre, au pillage et à l’assassinat des officiers” (en outre, 5 f d’amende infligés par le tribunal correctionnel de Roanne le 5 mai pour le même motif). Demure, à la fin de sa défense qu’il avait assuré lui-même, avait déclaré : “Condamnez moi si vous voulez, je suis anarchiste et j’y resterai”).

En mars 1890 il avait été l’organisateur à Roanne de la conférence d’Henri Riemer Lutz sur la grève générale et la misère du peuple à laquelle, selon la police avaient assistés “environ 150 personnes dont une quinzaine de femmes”). Le 21 mats 1891 il fut l’un des organisateurs d’une soirée familiale pour le 20e anniversaire de la Commune.

Demure, qui demeurait 32 rue de Clermont, était alors considéré comme le chef des anarchistes roannais par le sous-préfet qui, en 1891, à propos d’une demande de relèvement de l’indemnité mensuelle de surveillance, rappelait son passé et écrivait : “Laborieux, économe, assez sobre, c’est un anarchiste habile et prudent qui, pour éviter qu’on connaisse ses relations, n’a aucun rapport avec les ouvriers de l’usine où il travaille comme tisserand. C’est dans la nuit qu’il conviendrait de surveiller ses agissements […] Un affilié seul pourrait fournir des renseignements utiles”.

Au printemps 1891, suite à l’arrestation de Ferraton, il était considéré comme le responsable du groupe Les Révoltés et, selon la police, recevait sous pli fermé, le journal La Tribune libre (Londres, au moins 4 numéros, 15 novembre 1890 à 1er mars 1891) qui avait fait suite à L’International (Londres, 1890-1891) interdit de circulation en France.

Comme de nombreux miltants de Roanne, il avait été arrêté le 21 avril 1891 préventivement à la manifestation du 1er mai. Toutefois il fut rapidement relâché, puisque 26 avril, il avait présidé la réunion sur le 1er mai à laquelle avaient participé 300 personnes et dont Mollet et Gay avaient été les orateurs.
Le 11 mai 1891, il fut poursuivi avec Segaud, Sigot, Barret, Gallo et Vially sous l’accusation d’appartenance à une société secrète se réunissant rue Bravard, et fut condamné comme ses camarades à 5 fr d’amende tandis qu’était ordonnée la dissolution du groupe. Le 1er juillet1891, il était condamné avec Gay à 1 mois de prison et 100 francs d’amende suite au meeting du 26 avril précédent.
Début 1892 il était emprisonné à Saint-Étienne. Après sa libération il avait été acceuilli à son retour à Roanne le 31 mai 1892 par une vingtaine de compagnons. Le soir même, une soirée en son honneur avait réuni une quarantaine de compagnons.
A l’été 1892, avec notamment Vially et Barret, il assurait la diffusion à la campagne de La Révolte et de la brochure Entre paysans de Malatesta.

Le 19 novembre 1892, il avait été le secrétaire de la conférence tenue par Broussouloux et Tennevin sur La crise économique — L’anarchie et la répression gouvernementale”, qui avait réuni 300 personnes à la salle de Venise et qui avait été présidée par le compagnon Charas.
Fin décembre 1892, comme Thomasson, Riot, Recorber et Genouel, il avait été l’objet d’une perquisition.

En février 1893, lors d’une réunion, il avait accusé, avec Augay, Fatinet de “renseigner la police” sans toutefois en apportr la preuve.

En 1893 (21 septembre). Demure était une nouvelle fois condamné : un mois de prison pour complicité de rébellion contre agents de la force publique. Inscrit à l’État des anarchistes de Roanne de décembre 1893, il y était qualifié de “très dangereux”. Le 1er janvier 1894, comme de nombreux compagnons, il fut l’objet d’une perquisition. Quelques jours plus tard, le 8 janvier, il subissait une nouvelle perquisition pour “détention de journaux et brochures interdites” qui n’avait donné aucun résiltat.

Demure perdit sa femme en 1894. Il habita Saint-Étienne à partir de 1896, travaillant comme cordonnier et fréquentant toujours les groupes anarchistes.

Signalé disparu du département de la Loire en septembre 1903 il fut inscrit à l’état vert n°4 des anarchistes disparus et/ou nomades.